ça branle dans le manche

Le petit chat noir

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"On ne se penche point vers un caniche ou un matou sans qu'une sourde angoisse ne vous feutre le coeur.
On ressent, à se comparer à eux, tout ce qui vous en sépare et tout ce qui vous en approche.

Dans l'oeil du chien règne la tristesse d'avoir, dès les premiers jours de la Création, léché en vain le fouet de son irréductible bourreau.
Car rien n'a attendri l'homme, ni la proie que lui rapporte un épagneul affamé ni l'humble innocence dont un labri veille sous les étoiles l'obscure douceur des troupeaux.

Dans le regard du chat luit un tragique effroi.
"Que vas-tu me faire encore ?" semble-t-il demander, couché sur le fumier où le ronge la gale et le creuse le besoin de manger.
Et, fiévreux, il attend qu'un nouveau supplice ébranle son système nerveux."

Francis Jammes. Préface à Dialogues de bêtes, de Colette (1873-1954).

 



Article ajouté le 2008-11-28 , consulté 16 fois

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